© 2018 Nicolas Pagès

LA FAMILLE, FABRIQUE A SOUVENIR

La perte d'un proche comme un enfant, un père, une mère, une sœur, un frère, un grand-parent, un mari, une épouse, est une épreuve poignante et bouleversante de la vie. Il est toujours difficile d'en faire le deuil. Différentes étapes plus ou moins longues sont généralement à franchir. C'est par un travail sur soi-même épuisant mais obligatoire que l'on finit par parvenir, un jour, à donner un sens au deuil en question et à le vivre sereinement. Se prendre en main, avancer, vivre, on ne le fait pas seulement pour soi-même. On le fait pour la famille et tout son entourage mais aussi pour le proche disparu. Finir par exister pleinement sans ce proche revient à honorer sa mémoire, à perdurer l'amour réciproque, à ne pas oublier les souvenirs. D'ailleurs, en parlant de souvenirs, Victor Hugo disait : « Le souvenir, c'est la présence invisible » et George Sand citait : « Le souvenir est le parfum de l'âme ». Ces souvenirs familiaux sont dans nos mémoires. Ces souvenirs sont aussi sur nos photographies. Nous avons tous des photos retraçant nos histoires de famille, des arrière-grands-parents aux petits-enfants, un siècle de vie, parfois plus, parfois moins. Ils nous arrivent de regarder ces photos-là. De suite, elles nous parlent, elles nous interpellent. Un cours instant, ces souvenirs ne sont plus souvenirs mais deviennent un moment présent. Par l'intermédiaire de ces clichés, nos proches perdus revivent. On les voit, on les entend, on leur parle. Nos photos sont l'histoire de nos familles ! Ces histoires de famille immortalisées et contées par l'image m'intéressent. Je souhaite rendre un hommage familial à la mémoire de nos proches disparus en utilisant cet art visuel et cet outil de témoignage qu'est la photographie. Federico Garcia Lorca disait : « Rien n'est plus vivant qu'un souvenir », je rajouterais : « Rien n'est plus vivant qu'un souvenir, et encore plus sur une photographie ».

Ma démarche a pour finalité d’intensifier le côté vivant d’un souvenir familial photographié en associant sur une « même image » deux personnes de la même famille, l’une décédée, l’autre en vie. Aujourd’hui, seuls les souvenirs unissent ces deux personnes. En effet, l’une des deux est « partie » et l’autre n’oublie pas.

Une certaine réalité d’un instant du passé devenant irréalité par la présence de celui qui reste, mais intensifiant le « vivant » de ses souvenirs encrés dans sa mémoire et le lien fort qui l’unissait avec ce proche parti toujours trop tôt.

Ces souvenirs familiaux sont l’histoire de leur famille : l’histoire d’une vie.

(Pour exposition : série de 18 images, format carré 40x40cm. Chaque image est accompagnée d'un texte écrit par chaque participant)